Bitcoin : après la consécration, la régulation ?

Analyse Bitcoin

Publié: 1/12/2018 10:16:00 AM
Analyse Générale


Qui eût parié il y a un an que le bitcoin serait l'un des sujets de conversation incontournables des repas de fêtes de fin d'année ? Ou que la monnaie virtuelle multiplierait par 14 sa valeur ? 2017 restera incontestablement l'année du bitcoin, celle où la cryptomonnaie est sortie de son cercle très fermé d'initiés pour s'ouvrir au grand public, de l'étudiant au fan de Nabilla en passant par l'épargnant lambda, alléché par la perspective d'un gain rapide. Mais pas sans risque.

Très vite, le débat est devenu extrêmement clivant entre pro et anti, entre défenseurs de « la monnaie du futur », qui serait débarrassée du joug des États, camp où se mêlent des libertariens, des anticapitalistes et de purs spéculateurs, et ses détracteurs, dénonçant « une pure bulle, sans valeur intrinsèque » (Jean Tirole, le Prix Nobel d'économie) ou carrément une « arnaque » (Jamie Dimon, le patron de JPMorgan), aux yeux des spécialistes de la finance, banquiers d'affaires, centraux et autorités. Quitte à passer pour des maniaques du contrôle un brin passéistes.

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Chacun s'interroge. Même Jean Tirole, circonspect, relevait que « personne ne peut dire avec certitude que le bitcoin va s'effondrer. Cela pourrait devenir le nouvel or », tout en ajoutant qu'à titre personnel il « ne parierai[t] pas [ses] économies et ne voudrai[t] pas non plus que les banques réglementées parient sur sa valeur. »

Une forme de consécration est arrivée en décembre, avec la création de contrats à terme (des « futures ») sur le bitcoin négociés sur des plateformes de marchés réglementés (le Chicago Board Options Exchange et le Chicago Mercantile Exchange), permettant de spéculer, à la hausse ou à la baisse, sur le prix futur de la cryptomonnaie.

Cette institutionnalisation a encore accentué la volatilité du bitcoin, qui avait déjà attiré de nombreux fonds spéculatifs : il y aurait plus de 175 hedge funds spécialisés dans les monnaies virtuelles et l'un d'eux, Pantera Capital, créé en 2013, a annoncé en décembre un retour sur investissement de plus de 25.000% ! Les investisseurs de la première heure ont en effet accumulé des sommes colossales, à l'image des jumeaux Winklevoss, devenus les premiers milliardaires officiels en bitcoin. Il y aurait un millier de détenteurs de gros tickets en monnaie virtuelle, surnommés des « baleines », qui posséderaient 40 % des bitcoins en circulation. Leur pouvoir d'agir de concert peut provoquer de brusques mouvements sur le marché, comme ceux subis dernièrement par la devise numérique sans cours légal.

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Interdiction ou encadrement ?

Ces soubresauts reflètent aussi les annonces, rumeurs ou craintes de décisions réglementaires. Les premiers à réagir ont été les Chinois, sachant que la majorité des transactions en bitcoin dans le monde était libellée en yuans en 2016 et que les « mineurs », qui produisent la monnaie cryptographique avec la puissance de calcul de leurs ordinateurs, sont aussi en grande partie localisés en Chine (où les coûts d'électricité sont modiques). La banque centrale chinoise (PBOC) a mené plusieurs enquêtes sur des plateformes d'échanges de bitcoins. En septembre, la République populaire a radicalement interdit les opérations de levées de fonds en monnaies virtuelles (Initial Coin Offerings, ICO), qui alimentent la demande en bitcoin et se sont révélées souvent de vraies escroqueries.

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En Corée du Sud, l'un des marchés les plus actifs (1 million de Sud-Coréens détiendraient des bitcoins), le gouvernement vient aussi d'interdire les ICO, de fermer tous les comptes d'utilisateurs anonymes de cryptomonnaies, de proscrire aux banques d'effectuer des transactions en monnaies virtuelles et de taxer les plus-values à la revente. Il envisage même d'aller encore plus loin et d'interdire tous les échanges en cryptomonnaies.

Les approches diffèrent d'un pays à l'autre. Aux États-Unis, le gendarme de la Bourse, la Securities and Exchange Commission (SEC) a émis dès l'été un avertissement sur les risques de fraude de certaines ICO et poursuivi ou suspendu des opérations relevant visiblement de l'escroquerie, sans pour autant dissuader les émetteurs ou les investisseurs de tester cette nouvelle façon de lever de l'argent, sans passer par les traditionnels fonds de capital-risque ou banquiers introducteurs en Bourse. Il y aurait eu en tout plus de 3,7 milliards de dollars levés à travers des ICO l'an dernier dans le monde selon Coinschedule.

En France, l'Autorité des marchés financiers (AMF) a lancé une consultation publique et envisage de délivrer des visas pour les ICO, une initiative réclamée par la communauté de crypto-investisseurs et d'acteurs intéressés par les projets liés à la blockchain, la technologie sous-jacente. Mais l'AMF a aussi lancé, début décembre, une mise en garde des épargnants sur l'achat de bitcoin, avec l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le gendarme de la banque et de l'assurance, adossé à la Banque de France. En réalité, « le bitcoin et les autres "crypto" actifs n'entrent généralement pas dans le périmètre de supervision directe de l'AMF », car ils ne sont pas des instruments financiers dans le droit français.

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À la mi-décembre, Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie et des Finances, a fait savoir qu'il avait demandé que le sujet soit abordé lors du G20 en avril prochain, estimant que « la montée en puissance du bitcoin présente des risques par rapport à la spéculation et par rapport à la possibilité de financements illicites ». L'organisme de lutte contre le blanchiment Tracfin a récemment détaillé que l'anonymat (partiel) permis par les technologies blockchain favorise toute une série de fraudes et trafics. Les États membres de l'Union européenne se sont mis d'accord en décembre pour interdire l'anonymat des transactions sur les plateformes de monnaies virtuelles, y compris avec des cartes prépayées.

Cependant, une approche concertée des gouvernements semble compliquée. La Banque centrale européenne (BCE) n'a « pas le pouvoir d'interdire ou de réguler » le bitcoin ou les autres monnaies virtuelles, a reconnu son président Mario Draghi. L'un des membres du directoire, Yves Mersch, a fait valoir que les volumes d'échange restent modestes, « entre 250 à 350 milliards d'euros » (à titre d'exemple, la capitalisation du CAC 40 est de 1.500 milliards d'euros). Un des membres du Conseil des gouverneurs de la BCE, l'Autrichien Ewald Nowotny, a toutefois quelques idées de mesures pour « casser le bitcoin » : il suggère la fin stricte de l'anonymat et l'assujettissement à la TVA.



Support: Bitcoin
Source: LATRIBUNE.FR
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