Comment les Japonais et les Sud-Coréens ont mis le feu au marché ...

Analyse Bitcoin

Publié: 1/11/2018 8:40:00 AM
Analyse Générale


Arrivés tard sur le marché mondial des cryptomonnaies, les investisseurs de ces deux pays génèrent maintenant plus du tiers des échanges. Mais la fascination de leurs populations pour cette spéculation inquiète Tokyo et Séoul.

Le petit autocollant jaune barré d'un B majuscule blanc est devenu un sigle familier des habitants du centre de Tokyo. Ils peuvent désormais acheter leurs smartphones ou leurs jeux vidéos en bitcoins dans toutes les boutiques d'électronique de la chaîne Bic Camera.

Des restaurants de sushis du quartier de Ginza proposent eux aussi de régler son addition en émettant un QR code sur son portefeuille « Bitcoin.com » quand le concessionnaire automobile IDOM, spécialisé dans les véhicules d'occasion, vient d'autoriser, fin décembre, les achats de luxueuses berlines étrangères en bitcoins jusqu'à un montant maximum de 100 millions de yens, soit 750.000 euros.

« On voit maintenant ces stickers bitcoins un peu partout. C'est une forme de légitimation pour la population », note Aurélien Menant, le PDG de Gatecoin, une plateforme de trading de cryptomonnaies basée à Hong Kong.

La ruée japonaise

Après avoir longtemps ignoré l'émergence de ces devises lancées grâce à la technologie de la « blockchain », les Japonais se sont rués au fil de 2017 sur le bitcoin, puis sur l'ether mais aussi le ripple et le « NEM ». « Le principal événement déclencheur de cette explosion a été la mise en place en avril dernier d'une nouvelle régulation sur les cryptomonnaies », explique, dans une note, l'expert Koji Higashi. « Avec ce tampon officiel d'approbation des autorités, une nouvelle vague d'investisseurs est arrivée ».

En tentant de recenser sur l'ensemble des plateformes de la planète les monnaies utilisées pour les achats et la vente de bitcoins, les analystes estiment que plus de 30 % des volumes d'échanges sont désormais effectués en yens. Les Sud-Coréens sont tout aussi fascinés par le mouvement, et seraient derrière une partie importante des ordres passés. « Ces deux pays assurent ensemble, depuis la mise en place de restriction en Chine, plus de la moitié des échanges mondiaux », estime Aurélien Menant. Chaque choc, notamment réglementaire, sur l'un de ses marchés bouleverse ainsi les cours mondiaux en quelques secondes.

Dimension spéculative

Les grandes plateformes locales, tels que bitFlyer au Japon ou Bithumb en Corée, revendiquent désormais, chacune, des centaines de milliers de comptes. « Si une partie de ces investisseurs s'intéresse et comprend l'impact révolutionnaire de la blockchain, la grande majorité ne retient que la dimension spéculative de ces monnaies », explique Mai Fujimoto, la PDG de Grecone.

Tentant de dresser un profil de ces investisseurs, les équipes de Deutsche Securities à Tokyo pointent le poids des hommes âgés d'une trentaine ou d'une quarantaine d'années qui plaçaient jusqu'ici leurs économies sur le marché des devises étrangères, dont les Japonais sont historiquement très friands. Se méfiant de la Bourse depuis l'éclatement de la bulle des années 90 et disposant de peu de produits financiers appétissants dans un contexte de taux zéro, les investisseurs de l'Archipel sont très présents sur le marché mondial des changes. Et ils voient désormais dans les cryptomonnaies un potentiel plus fort encore.

L'ether plébiscité

Si l'engouement pour le bitcoin a été solide, les particuliers japonais et sud-coréens s'intéressent beaucoup aux autres devises qui sont, elles, portées par des leaders identifiables. Ne comprenant que rarement le fonctionnement décentralisé de la blockchain, les boursicoteurs ont, par exemple, été rassurés par les tournées à Séoul et à Tokyo de Vitalik Buterin, le créateur d'Ethereum et ils ont plébiscité sa devise.

Du fait de cet engouement et des régulations lourdes sur le marché coréen des devises étrangères, le cours de plusieurs de ces monnaies a même progressé en Corée du Sud bien au-delà des niveaux constatés ailleurs dans le monde. A l'automne 2017, ce différentiel baptisé le « kimchi premium », en référence à l'un des plats emblématiques de la cuisine coréenne, atteignait 30 %.

Alarmées par cette flambée et les articles de presse sur des lycéens et des grands-mères s'étant endettées pour acheter des cryptomonnaies, les autorités de Séoul ont décidé d'intervenir en introduisant, depuis décembre, de nouvelles réglementations. « Mais ce n'est pas comme en Chine où le Parti agit comme il veut. En Corée et au Japon, les gouvernements doivent tenir compte des considérations de leurs populations et de l'impact potentiel d'une chute trop brutale des cours », souffle Aurélien Menant.

Yann Rousseau



Support: Bitcoin
Source: LESECHOS.FR
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